![]() |
Par
la fin de la nuit
et le jour, au prix d’une horrible lassitude, par Noulette,
Aix-Noulette, Boyeffles, Sains-en-Gohelle, nous atteignons
Hersin-Coupigny, village minier, à trois
kilomètres de
Nœux-les-Mines, et nous y cantonnons pour un temps
indéterminé (1). Sommeil accablé. Lettres en arrivant : consolation et réconfort. Brossage des souliers, du pantalon, de la capote ; lavage du fusil ; travail ennuyeux et horrible par une certaine odeur macchabée. Corvée de bois : les champs, la bonne femme, le cimetière, les rues, les Marocains, la mine. Hersin-Coupigny. D’abord la mine et les corons (D… m’assure qu’on dit courons). La mine, un énorme bâtiment pyramidal, brique et bois, avec de grandes verrières en haut dans une sorte de tour ; c’est la clôture du puits et de ses armatures extérieures. Le terril, une montagne formidable de charbon, avec des rails dessus montant la pente, un train de wagonnets, et tout en haut je ne sais quel appareil bizarre, bascule, toise, qui ressemble à un aéroplane naufragé. Les corons, deux styles, les uns d’horribles maisons rouges continues aux deux côtés d’une voie noire (rue Blériot, rue Bréguet), les autres des maisonnettes toutes pareilles, numérotées sur la porte de 90 à 1, un seul étage, deux fenêtres, des rideaux blancs, la brique noircie, et devant un affreux petit jardin grand comme notre salle à manger, avec du lierre à la grille, un fusain et un troëne. La population pas spécialement plus noire ni plus débraillée qu’ailleurs ; ça et là seulement un chapeau de cuir, une lampe de mineur ; des enfants nombreux et gentils ; une abondance désolante d’estaminets associés à des charrons, à des menuisiers, à des commerçants de toute espèce… … Puis passé l’église, passé la mairie, commence un Hersin campagnard, un bel abreuvoir, et des fermes vers une grande campagne verte et gris-lumière. Nous cantonnons dans l’une de ces fermes (2). |
![]() ![]() |
Revenir à la page consacrée aux Carnets de guerre d'Albert Thierry |