Hommes du 28e RI

Raymond Chamerot (1885-1915)
L'obus du 6 juillet

Raymond Chamerot fait partie des rares officiers
qui ont survécu aux six premiers mois de la guerre.
Après avoir échappé à la mort dans la tranchée des Saules en mai 1915,
le capitaine Chamerot décédera avec plusieurs de ses officiers,
dans l'antre d'un PC,  tué par un unique obus.


Raymond Chamerot


Début juillet 1915, le 28e RI est de nouveau en premières lignes
à La Targette au nord de Neuville-Saint-Vaast (Artois),
dans les zones prises en mai par les troupes françaises.
Le 2e bataillon (5e à 8e compagnies) occupe le secteur des Ouvrages blancs,
en réserve des 1er et 3e bataillons.

Le 6 juillet, à 15h30, un obus tombe sur le PC de la 6e compagnie dirigée
par Raymond Chamerot et tue tous les officiers de la compagnie.



JMO du 28e RI pour le 6 juillet 1915

Extrait du Journal de marches et d'opérations (JMO) du 28e RI pour la journée du 6 juillet 1915
(Cote 26N603, SHD, Vincennes).


Fiche "Mort pour la France" de Raymond Chamerot

La fiche "Mort pour la France" de Raymond Chamerot.


fiche "Mort pour la France" de Paul Gide fiche "Mort pour la France" de Paul Gide fiche "Mort pour la France" de Paul Gide
Paul Gide
Sous-lieutenant, 30 ans
Présent en janv. 15 à la 8e Cie
Oscar Frank
Sous-lieutenant, 32 ans
Vient du 274e RI
Joseph Amiot
Sous-lieutenant, 23 ans
Sergent fourrier en juin 1915



Parmi eux, Oscar Frank, avocat au barreau de Paris :

Oscar Frnk
Présentation d'Oscar Frank,
publiée dans le Livre d'or du barreau de Paris
(merci à Stéphan Agosto).

Le sous-lieutenant Frank est enterré dans le cimetière d'Écoivres.
Voir la photo de sa sépulture.


cimetière d'Écoivres


Voici un
remarquable récit découvert par Stéphan Agosto
où l'on croise deux personnages : le docteur Pierre Meugé et le peintre François Flameng.

Raymond Chamerot, parti lieutenant,
et qui presque immédiatement, fut mis à la tête d’une compagnie d’infanterie
[la 8e],
a été, jusqu’au sacrifice absolu, cet officier.

Le 14 août 1915, il était cité à l’ordre de l’armée, en ces termes,
par le général Hache, commandant le 3e Corps d’Armée :

« Chargé le 26 mai, de conduire sa compagnie à une attaque difficile et dangereuse,
a vigoureusement entraîné ses hommes et, malgré un feu violent de mitrailleuses,
a réussi à occuper la tranchée adverse.
Tué le 6 juillet, au cours d’un bombardement. A été cité.»



Extrait du JMO du 28e RI (août 1915) : la citation.

Entraîneur d’hommes, donneur d’exemple, il comprit ainsi sa mission.
C’est en le revoyant sous cet aspect, que ses camarades
et ses hommes le pleureront après sa mort.

« Il a fait plus que son devoir, écrira le vaguemestre,
à la sœur du capitaine Chamerot ; ses hommes qui l’adoraient,
reconnaissaient ses mérites, ils avaient foi en lui. »

Avoir foi dans le chef : quel magnifique éloge dans la bouche d’un soldat !
N’est-ce pas dire que sa main groupe toutes les énergies
en un même faisceau, qu’elle les subordonne à sa volonté,
qu’il n’est chemin qu’il ne suivra, que ses hommes ne suivront,
parce qu’ils ont reconnu en lui la supériorité du savoir,
du courage et de l’abnégation ?


François Flameng rencontre le docteur Mengé.
La scène se passe probablement dans les environs de Frévin-Capelle
le 11 juillet 1915 :

La mort du capitaine Chamerot, nous la trouvons racontée
dans une page intime d’où se dégage la plus poignante émotion :
c’est une lettre que M. François Flameng adresse à sa fille
et que nous nous permettons de reproduire dans sa partie essentielle :
 

« Ma tendre enfant, le général Hache m’ayant dit que le 28e de ligne
rentrerait aujourd’hui dans son cantonnement à l’arrière,
je m’y suis rendu cet après-midi. J’étais tout ému en voyant déboucher
dans le village ce régiment que j’aime, où réside un peu de mon cœur
et beaucoup de tendresse pour ses braves compagnons…
Quant a passé la 6e Compagnie, elle était conduite par un adjudant
[probablement l'adjudant Couillard],
tous les officiers avaient été tués avec Chamerot ;
mon cœur s’est serré et j’ai senti les larmes me monter aux yeux…


François Flameng

Le célèbre peintre François Flameng vient régulièrement faire des visites
dans les tranchées occupées par le 28e RI car son propre fils sert dans le régiment !

 

« …Alors est apparu sur un petit cheval blanc,
encapuchonné dans son caoutchouc, le docteur Meugi
[lire Meugé],
un être exquis, un héros, qui, en me voyant, est bien vite descendu de son bidet,
comprenant mon désir de connaître le drame… Il m’a tout conté.

Dans une tranchée de troisième ligne, les officiers de la 6e Compagnie
étaient réunis dans un gourbi construit par les Boches ;
malheureusement mal orienté, puisque sa défense devait se tourner
de notre côté allemand.
Meugi était avec eux, à cinq mètres sous terre. Chamerot disait :
« Comme on est bien ici ! As-tu des cigarettes ? » Meugi lui répondit :
« Je vais aller les chercher ».


Extrait de la composition du 2e bataillon du 28e RI en août 1914.
Le médecin Meugé et l'officier Chamerot sont des rescapés de cette période.


A peine était-il parti, qu’un obus tombe sur le côté du gourbi,
y pénètre, s’enfonce à deux mètres dans le sol, éclate et détruit tout.
Un sous-officier qui avait vu la scène, arrive pour porter secours à ses chefs,
mais il tombe à moitié asphyxié ; un autre essaie sans y parvenir.
Alors, à coups de pioche, on démolit le gourbi pour dégager les ensevelis.
On les retrouve intacts, sans blessure et sans vie.
Ils avaient été foudroyés par des gaz inconnus ; ils semblaient dormir.

Parmi les soldats ayant aidé à l'opération
de déterrement des officiers,
citons Robert Varin et Albert Lambard.
Tous deux seront cités à l'ordre de la brigade et du régiment.


« Ils sont enterrés à côté du cimetière d’Ecoivres,
entre Saint-Eloy et Bray, à côté du village d’Acq.
Leurs tombes sont fleuries et soignées ;
j’irai demain les visiter, leur apporter l’hommage de mon affectueux
et tendre souvenir et de mes profonds regrets.
Mais ils resteront toujours vivants dans mon cœur,
comme des héros qui sont morts pour nous défendre et pour sauver la Patrie… »



Tombe de Raymond Chamerot
Le capitaine Chamerot repose dans le cimetière d'Écoivre avec Oscar Frank.
Les corps de Paul Gide et de Joseph Amiot ont dû être rapatriés par les familles.
Remarquez sur la photo l'erreur de grade.  Photo : Frédéric Videlaine.

[…] Par arrêté interministériel en date du 27 avril 1920,
la Croix de chevalier de la Légion d’honneur a été conférée
à la mémoire du capitaine Chamerot.



Remerciements à Stéphan Agosto et à Frédéric Videlaine.


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