Le 17 mai 1915, Albert Thierry,
écrivain, enseignant, fait partie de la 5e compagnie, compagnie
voisine de celle de notre musicien Potier. Lui aussi, va décrire
dans son carnet de guerre cette relève. Thierry sera tué le
26 mai 1915.
Lisons ce qu'écrit Albert Thierry le 17 mai 1915 (extrait de ses "Carnets de guerre", La grande revue, 1917-1918) :
"Se tenir prêt pour neuf heures. Soir gris et pluvieux. Lu des Psaumes
. Je me couche auprès de mes hirondelles en attendant l’heure. Mélancolie.
Rassemblement de la section,
rassemblement de la compagnie : environ trois quarts d’heure sac
au dos, et sans savoir seulement si enfin on va partir !
En avant. Joie.
Traversée d’Aix-Noulette par un autre chemin, au pivot d’un grand arbre. Campagne. Chemin boueux, pierreux, affreux. Il pleut. Une
route bordée d’arbres à gauche,
éclairée par les fusées. Coups de canon. Le
vacarme arrivant comme une énorme omelette sonore. Coups de fusil.
Noulette, village détruit, admirable aux fusées qui permettent seules de reconnaître les maisons en ruines
ou les arbres ; avec de beaux chemins bordés
d’aubépine dont l’odeur mouillée
s’exhale…
Le lieutenant ne sait pas son chemin,
l’agent de liaison l’a perdu. Nous traînons au long
d’une grange, puis des chemins et à l’issue du
village coups de fusils allemands et français pendant deux
heures, tandis que le rossignol chante !
[…]
… Réfugié
à ce buisson, tandis que personne ne se dérange pour
faire place à personne, D… le gars du Nord, me dit :
Couchez-vous sur moi, vous ne sauriez jamais m’écraser !
Les balles sifflant, le menton au canon de mon fusil, la machine à idées se remet en route.
[…]
Nous repartons par un sentier
mouillé dans le bois, qui bientôt devient un vrai ruisseau
; où nous passons au fil de l’eau. Puis voici le boyau et son tortillement monstrueux : nous nous y perdons pendant trois heures et ne gagnons nos véritables gourbis qu’au petit jour.
D’abord c’est une
tranchée de montagne et de bois, pareille, j’imagine,
à l’Argonne : beaux arbres, mais brisés ; buissons,
gourbis accrochés à la crête ; escaliers de
schlittage, et au loin la lumière de l’ogre !…
Nous nous perdons.
Le bois E. G…, la tranchée E. G…, personne ne
connaît ça. Je n’oserais plus affirmer si ce
fût réalité ou illusion que L… se fit enfin
renseigner par un poste de Sénégalais…
Ensuite une tranchée
d’inondation : Sapigneul à la plus haute expression.
L… se perd. La… se perd. D… n’ose pas
prendre le commandement. Confusion
horrible. Pieds mouillés, pieds tordus, chutes, horribles
tortuosités, escaliers, fondrières, radeau de la
Méduse. Fatigue du sac, allégée par
l’esprit (Sic).
[…]
En marche, si je crois entendre le
sifflet de la halte, soudain ma fatigue augmente, il me semble sentir
mes épaules saigner. Mais si je constate que je me suis
trompé, la fatigue diminue, et ces braves épaules, ma foi
! elles remettent ça !
Enfin, passé un bois surélevé, poussés par R… et L…, nous
gagnons la tranchée du combat prise aux Injustes : un affreux
délabrement de parapets démolis, de créneaux
retournés et impraticables, de gourbis enfoncés, de sacs,
de sacs, de sacs ! (Cousus par les femmes captives, souvent dans de l’étoffe assez fine) d’armes et de loques.
L’affreuse odeur et une forme étendue me révèlent que nous passons auprès d’un mort. Ainsi Aix-Noulette vaut les Éparges.
L… nous enfonce dans des gourbis. Le mien, planche et boue, à moitié effondré du plafond, étayé par trois
poteaux. J’y tombe épuisé, je m’assieds en
tailleur, je m’endors sous la protection des Boches !"

Carte du secteur de la relève du 17 mai 1915.
Le 2e bataillon (II/28e RI) tiendra ces tranchées du 17 au 21 mai 1915.
Lycée de Bayonne, hôpital temporaire avec Gaston Bénard
Un autre soldat du 28e RI blessé le 26 mai 1915 fut soigné au lycée de Bayonne :
Gaston Bénard.
Ce dernier, sergent à la 2e compagnie, gardera des photos de son
passage dans le sud-ouest. Maxime Potier figure peut-être sur ces
clichés :
Gaston Bénard (au premier rang à droite), lycée de Bayonne, le 11 juin 1915.
Maxime Potier est-il sur la photo ? Photo : collection Albert Le Masson.
Un autre cliché pris à Bayonne. Photo : collection Albert Le Masson.
Remerciements
Un très grand merci à Julien Delors, Albert Lemasson et
surtout à Denis Delavois et à Éric Lecat.
. Denis Delavois est éducateur spécialisé. Il
étudie le parcours des hommes du 149e Régiment
d'infanterie dont beaucoup sont tombés à Noulette.
. Éric Lecat, musicien, intervient dans les classes des écoles de Villeneuve-Saint-Georges.
Avis de recherche
Si vous avez des informations sur Maxime Potier, n'hésitez à pas me contacter par
mail.
En savoir plus
Sur les combats de mai 1915 :
ici
Gaston Bénard, sergent à la 2e compagnie
Albert Thierry, écrivain, enseignant
Le blog des combats de Lorette