Bandeau consacré au rapport du capitaine Cotinaud, du 28e RI
En avril 1915, plusieurs rapports sont écrits par le peu d’officiers qui ont connu les premières semaines de la guerre. Henri Ernest Cotinaud est l’un des gradés rescapés. Il rédige un long rapport sur ces journées de marches, de combats et d’incertitudes. À la déclaration de la Guerre, Cotinaud était lieutenant à la 7e compagnie, il sera nommé capitaine en septembre 1914.

Rapport du capitaine Cotinaud

Commandant la 7e compagnie du 28e Régiment d’Infanterie sur les opérations de la 7e compagnie du 21 août au 7 septembre 1914

Pièce à l’appui de l’historique du régiment.

Annexe au JMO du 28e Régiment d’infanterie
SHD, Vincennes
Pièce 6
3e corps, 6e division, 11e brigade, 28e régiment

21 août Le Régiment est à Jamioulx (Belgique) et reçoit dans l’après-midi l’ordre de se porter à Fontaine l’Évêque. La 7e Compagnie sous le commandement du lieutenant Cotinaud reste à Jamioulx pour assurer la garde de la localité en attendant l’arrivée d’autres régiments. La mission terminée, elle se met en route à 20 heures pour rejoindre le 28e. Elle passe à Montigny les Tilleuls, franchit la Sambre à Landelies et arrive à Fontaine l’Évêque vers 23 heures.
le plan du sud de Charleroi.
Jamioulx se trouve au sud de Charleroi. Leernes fut le premier combat du 28e RI
où le 3e bataillon fut engagé.
Gozée est le lieu où sont enterrés plusieurs combattants du régiment.
 
22 août

1. Courcelles et Souvret
se trouvent au nord ouest de Charleroi.




2. Selon le JMO du régiment, il s'agit probablement du 61e Régiment d'artillerie de campagne.






3. Ce bataillon vient d'essuyer à Leernes le premier contact avec l'ennemi et laisse plus de 280 hommes hors de combats.
Le 2e Bataillon étant parti pour La Motte, la 7e Compagnie cherche à le rejoindre. Arrivé à Courcelles (1), elle reçoit l’ordre du général Hollender commandant la 11e Brigade, de rebrousser chemin pour occuper le carrefour à l’ouest de Souvret. En outre, le lieutenant Cotinaud reçoit deux plis à remettre à leur passage à un commandant de cavalerie et à un commandant d’artillerie.

Avant le jour le 2e Bataillon passe au carrefour, se dirigeant sur Fontaine l’Évêque. Arrive ensuite de Fontaine l’Évêque la cavalerie et un groupe d’artillerie à cheval qui, au reçu des plis, font demi-tour. La 7e Compagnie escorte l’artillerie comme il était indiqué dans l’ordre écrit (2). La colonne repasse à Fontaine l’Évêque et rejoint à Anderlues la 11e Brigade. Après quelques heures de repos, l’artillerie va se mettre en batterie à 1500 mètres environ au sud d’Anderlues. La 7e Compagnie maintenue à la même mission lui sert de soutien. Dans l’après-midi, la bataille s’engage sur le front Anderlues-Leernes. L’exode des habitants et des blessés commence. L’artillerie tire quelques salves puis amène ses avant-trains et part au trot. En l’absence d’ordres et mêmes d’indications générales sur les événements, la 7e Compagnie se rend au Mont Sainte-Geneviève où elle rencontre les éléments désorganisés du 3e Bataillon (3). Vers 18 heures, renseignée approximativement par un escadron de dragons en marche vers le Sud, la 7e se retire sur Lobbes où elle retrouve le 2e Bataillon. Elle y reçoit la mission de garder les ponts, le Régiment allant bivouaquer au sud de Lobbes. (La vallée de la Sambre à Lobbes est très encaissée. La ville est bâtie en étages sur les deux rives, la partie principale étant au Nord.

Lobbes, en Belgique, août 1914.

La route Anderlues-Baumont passe la rivière sur un pont-levis. Le chemin de fer de Charleroi à Maubeuge franchit la Sambre en quatre voies ferrées par deux ponts de fer). Le lieutenant Cotinaud prend les dispositions suivantes :
1° Le bourgmestre convoqué est invité
A° : à laisser éclairer les rues de la rive gauche.
B° : à prévenir les habitants que tous ceux qui passeront sur la rive droite, après examen d’un garde civique, ne repasseront plus de l’autre côté.
2e Le chef de gare convoqué est invité à suspendre la marche des trains. Il se met d’ailleurs très obligeamment et très activement à la disposition de l’officier, avec des instruments et une équipe d’ouvriers. Les deux ponts de la voie ferrée sont barricadés au moyen de wagons renversés sur la voie et de traverses, et les tabliers métalliques sont déboulonnés.
3° Les deux ponts de chemin de fer sont gardés chacun par une section ; les deux autres sections restent avec le commandant de la compagnie au pont de la route.

Les maisons et les terrasses sont organisées défensivement ; des patrouilles assurent la liaison des sections et surveillent la rive gauche. L’alimentation se fait par achats directs des caporaux et par les dons des habitants extrêmement obligeants. La nuit se passe sans autres incidents que le passage de nombreux belges fuyant l’invasion, des groupes égarés ou d’isolés français se ralliant à la rive droite.
 
23 août


1. Georges Tonnot sera tué le 28 août 1914 à Guise. Enterré à Guise, son corps sera rapatrié à la demande la famille en 1921.
Au lever du jour, un peloton de chasseurs à cheval passe la Sambre mais se replie bientôt en annonçant l’arrivée de l’ennemi. Les chasseurs restent avec la compagnie. Les éclaireurs allemands entrent dans Lobbes, les premiers qui passent sur une petite place dominée par les terrasses de la rive droite tombent sous nos balles. Les Allemands occupent les maisons et ripostent, les deux artilleries entrent bientôt en action. La 4e compagnie commandée par le capitaine Tonnot (1) vient pour relever la 7e vers 10 heures.

La relève des postes éloignés en plein combat ne peut s’opérer que difficilement, et la 7e compagnie, d’ailleurs sans ordres, ne quitte la position qu’avec la 4e compagnie lorsque celle-ci reçoit l’ordre de se replier à son tour.

A signaler :
1° : la conduite du soldat Gardret, ayant traversé la rue sous une grêle de balle pour aller secourir un de ses camarades mortellement blessé.
2e La conduite du soldat de 1ere classe Lemoine qui réussit à sauver son caisson de munitions en passant dans la même rue et en courant les mêmes dangers.

La compagnie se rallie dans le bois de Villers sous le feu intense de l’artillerie ennemie. Elle se rend à Biercée, croisant le 144e Régiment d’infanterie qui se porte en avant en tirailleur. Elle reçoit l’ordre du Général Hollender la mission de soutien d’un groupe d’artillerie montée en batterie à la lisière du bois de Villers. Vers 19 heures, le 144e et le 57e battent en retraite, soutenus par les salves de notre artillerie. L’infanterie allemande entre dans le bois de Villers. L’artillerie quitte sa position, sous le feu de l’ennemi ; la 7e se rassemble sur la route de Baumont. Un officier supérieur du 144e vient demander l’aide de la compagnie pour lui servir d’arrière garde avec une section de mitrailleuses. La nuit tombe et les Allemands ne poursuivent pas. La section de mitrailleuses se replie d’abord, la compagnie ensuite avec les derniers traînards du 144e pendant que les villages de la Sambre commencent à flamber. Arrivée à Leers, un officier d’État Major vient demander à la compagnie de prendre les avant-postes de combat pour le compte du 144e et 57e.

Carte des combats du 23 août 1914.

Le champ de bataille du 23 août (extrait de l'ouvrage de Georges Gay,
La Bataille de Charleroi, Août 1914, Payot, Paris, 1937, 394 pages).
Un grand merci Bernard.
Ce 23 août 1914 fut une journée particulièrement funeste pour les 144e et 57e RI.

Les hommes de la compagnie sont épuisés et n’ont pas mangé de la journée. Le commandant de la compagnie accepte néanmoins cette nouvelle mission et le Général qui commande cette brigade vient le remercier. La compagnie se déploie derrière les haies des pelouses du Château de Fosteau, prolongeant ainsi à droite une compagnie du 57e à cheval sur la route.
Lobbes, 23 août 1914, ouvrage de Jean Meurant
Dans son ouvrage, Jean Meurant relate l'action de la 7e compagnie du lieutenant Cotinaud
dans la défense du pont de la Sambre à Lobbes.
Le commander ici.
   
24 août


1. Le capitaine Jean Laurens commande la 1re compagnie. Il sera tué le 28 août à Guise. Le capitaine Jean Videau dirige la 2e compagnie, il sera blessé le 13 septembre 1914 à Loivre (Marne).



2. Le 28e rentre
en France.
Pendant la nuit, deux alertes mettent tout le monde sous les armes, l’effectif de la compagnie s’enrichit d’une section du 24e, commandée par un officier qui cherchait son chemin.
A 3h1/2 du matin, un agent de liaison prévient qu’il n’y a plus personne sur la route ni dans Leers. La compagnie se met alors en marche droit au sud à travers les champs et les bois. Au point du jour, elle rencontre les compagnies des capitaines Laurence [Laurens] et Videau (1), ayant erré une partie de la nuit et qui se joignent à la petite colonne. Elle rencontre ensuite un bataillon du 24, la section du 24 se joint à lui. Elle passe ensuite à Marzelle, à Thirimont et, de renseignements en renseignements, parvient à rejoindre le Régiment entre Boussignies et Baumont.
Le lieutenant fait son compte rendu au colonel et au général de brigade. La compagnie reçoit des félicitations.
Quelques heures après le Régiment se mettait en marche pour aller bivouaquer aux environs de Solre-le-Château (2).
   
25 août Dans la matinée le Régiment prend position. A 12 heures, le 2e Bataillon fait la cuisine dans les bois lorsqu’il est canonné, les compagnies prennent leur emplacements de combat jusqu’à la tombée de la nuit.
Elles se replient ensuite et par une marche de nuit arrivent vers 23 heures 1/2 à Avesnes.
L’état de fatigue est tel que les hommes dorment sur les trottoirs, le cantonnement n’existe d’ailleurs que peu ou point.
   
26 et 27 août


1. Le JMO du régiment indique : "Pertes 33 hommes (restés endormis au cantonnement et pris par les Allemands)."
Le Régiment se rassemble à 2 heures du matin et quitte Avesnes à 4 heures. Neuf hommes de la compagnie ayant quitté les escouades pour aller s’abriter et n’ayant pas averti les caporaux, n’ont pu être prévenus du départ et manquent à l’appel. L’un d’eux, blessé, parvient à rejoindre la compagnie et l’informe qui lui et ses camarades ont été surpris au point du jour par la cavalerie ennemie (1). Une longue marche mène le Régiment au cantonnement de Chevennes près de Sains-Richaumont.
   
28 août


1. On pourra lire d'autres témoignages sur cette noire journée ici.





















































1.  Honoré Roc est enterré
dans la nécropole nationale
de La Désolation, près de Guise.
Voir sa sépulture.
Le Régiment se remet en marche en descendant la vallée de l’Oise. Dans l’après-midi, il attaque Guise. Le 2e Bataillon fait sa marche d’approche en losange, la 7e Compagnie à gauche, à 200 pas d’intervalle et de distance de la 5e Compagnie de base. Le 1er Bataillon est à droite du 2e. La direction change souvent pendant la marche. Retardée par un terrain défavorable, la 7e Compagnie, d’abord extrême gauche du Régiment, se trouve au sortir d’un bois mélangée aux compagnies du 1er Bataillon. Puis en regagnant sa place sur le champ de bataille, elle rencontre des éléments du 228e en retraite, et une batterie d’artillerie démontée.

Le combat de Guise du 28 août 1914

La 7e se déploie, franchit les crêtes sous le feu de l’infanterie et de l’artillerie ennemie. Le capitaine Videau du 28e et le capitaine Baudoin du 228e sans troupes, se joignent à la 7e dans sa marche en avant. La nuit tombe et la Compagnie se replie à son tour. Elle se retire en ordre parfait, en petites colonnes d’escouades par un, les officiers en arrière. Elle repasse les crêtes balayées par le feu ennemi, aux cris de
« Vive la France » répondant au cri de « Vive la 7e ». La Compagnie se rassemble en formation plus serrée hors de la portée de l’artillerie. Le lieutenant Cotinaud retourne sur le champ de bataille à la rencontre d’un groupe emmenant des blessés de sa compagnie. Il est suivi à son insu par des gradés et des soldats qui croyaient que leur officier retournait au combat. Quand la petite troupe et le lieutenant reviennent, ils ne trouvent plus la Compagnie qui est partie avec le lieutenant de réserve et le capitaine Baudoin. Il ne reste donc plus qu’une cinquantaine d’hommes ayant une forte proportion de gradés qui escortent le colonel et le drapeau en se joignant à la 6e compagnie. Cette dernière, très éprouvée, ayant perdu son chef, le capitaine Roc (1), est commandée alors par le lieutenant Lascroux (2). La petite colonne rejoint dans un village d’autres éléments du Régiment et y passe une partie de la nuit.

Portait du capitaine Lascroux du 28e RI
2. Georges Lascoux deviendra capitaine en septembre 1914.
Il quittera le régiment en octobre 1915.

     
29 août Avant le lever du jour, le 28e se met en route pour Séry-les-Mezières, le groupe de la 7e formant avant-garde et franchit l’Oise à Châtillon pour aller prendre position sur la rive droite. À la nuit, il repasse la rivière et bivouaque à Séry-lès-Mézières.
   
30 août A l’aube, les 6e et 7e compagnies retournent à Châtillon-sur-Oise pour défendre le pont du canal. La défense a lieu en arrière, le pont ayant sauté. La 6e est à droite, la 7e à gauche, les hommes sont abrités derrière la digue du canal. Les Allemands se présentent vers 10 heures et attaquent aussitôt. Les deux compagnies ouvrent le feu ; l’infanterie allemande, franchit les crêtes en courant et vient se masser dans les maisons et les vergers de Châtillon d’où elle ouvre le feu à son tour.
La 7e Compagnie n’a bientôt plus de munitions. Sur sa demande, elle en reçoit un approvisionnement prélevé sur les autres compagnies du bataillon. Ces munitions s’épuisent à leur tour. Il est encore adressé deux demandes de munitions qui n’obtiennent pas satisfaction. Vers 12 heures, ayant demandé encore une fois des cartouches, la 7e reçoit l’ordre de battre en retraite. La compagnie se retire la dernière, après la 6e, poursuivie par les feux de l’infanterie allemande et de ses mitrailleuses. A Sery-les-Mézières, la compagnie reçoit l’ordre de poursuivre son mouvement de repli avec tout le régiment. La retraite se fait par une chaleur accablante sur une distance de 5 à 6 kilomètres. Elle a lieu à travers les champs labourés par les obus de l’artillerie lourde ennemie. Le Régiment va cantonner ensuite à Versigny en passant par Surfontaine et Renansart.
   
31 août
et 1er septembre




1.  Quatre officiers et 1048 hommes. Parmi eux se trouve Albert Thierry.
Le régiment va faire le café à 8 heures dans un champ à l’abri d’un bois. Divers éléments égarés rallient ; c’est ainsi que les fractions de la compagnie parties avec le lieutenant Schiffer viennent se joindre à la fraction commandée par le chef de la compagnie. La 7e se trouve donc reformée au moment du départ du régiment pour Barenton. Un long repos a lieu au milieu d’une prairie et le commandant Danvigne vient prendre officiellement le commandement du régiment à cet endroit. A la tombée de la nuit, le régiment se met en route, traverse Laon, reçoit à Montbavin un renfort venu du dépôt (1), au moment de la grand’halte, et va cantonner à Longueval en passant par Vailly, Chavonne et Bourg.
 
2 septembre Le 28e part vers 5 heures du matin pour se rendre à Verneuil en passant par Fismes où il défile devant le général de division Pétin [Pétain] et le général de corps d’armée Hache.

le colonel Allier du 28e RI
Le 2 septembre, c'est la valse des feuilles de chêne.
Le général Pétain remplace le général Bloch et le colonel Allier est limogé
pour être remplacé par le commandant Denvigne du 24e RI.
 
3 septembre Le régiment quitte Verneuil à 5 heures du matin, traverse la Marne, passe à Dormans et s’arrête vers 10 heures au Sud de cette ville pour prendre des dispositions de combat. A 13 heures, le régiment quitte ses positions pour prendre la route de Montmirail.
Le 2e Bataillon s’arrête au bout d’un kilomètre et fait demi-tour. La 7e compagnie est envoyée au Nord de la forêt de Vassy pour flanc garder la gauche d’un Bataillon du 24 commandé par le commandant Pion [Piou] et chargé de défendre le pont de Dormans. Pendant la nuit, le pont est violemment attaqué par les Allemands qui font entrer leurs mitrailleuses en action. Le bataillon du 24 résiste, le commandant Pion [Piou] est tué.

La fiche "Mort pour la France" du commandant Piou
La fiche "Mort pour la France" de Narcisse Piou.
 
4 septembre Au petit jour le bataillon du 24 bat en retraite par la forêt de Vassy. Le 2e Bataillon du 28e est lui-même en route vers Orbais. Quand la 7e s’aperçoit de son isolement ; les têtes de colonnes allemandes sont en marche sur tous les chemins. Celle qui se présente devant une section de la 7e, composée de cavaliers et de cyclistes est fauchée par un feu de salve. Puis la compagnie se replie par sections échelonnées et en position pour venir se rassembler sur le plateau au sud de Dormans. Une autre colonne allemande est précédée de dragons qui serrent de près la compagnie. A ce moment, une peloton du 7e Chasseurs à cheval commandé par un lieutenant vient à son secours. Nos chasseurs combattent à pied contre les dragons allemands qui perdent plusieurs des leurs pendant le rassemblement de la compagnie. Puis nos chasseurs remontent à cheval et vont prendre position un peu plus loin. La 7e profite de cette diversion pour battre en rapidement en retraite jusqu’à Igny-le-Jars, à travers Champs, en ligne de sections par quatre échelonnées. Après une marche rapide de deux heures sans arrêt, la compagnie retrouve le Bataillon au milieu des bois « Le Breuil ».

Le Régiment se remet en marche, passant par La Ville-sous-Orbais et arrive vers 15 heures sur le plateau d’Orbais où il stationne longuement.

Le plateau de le ferme des Thomasset
Voici le plan du secteur du plateau de la ferme des Thomassets.
(Plan : V. Le Calvez)

Vers 16 heures l’artillerie canonne violemment le plateau d’Orbais ; le lieutenant Schiffer est blessé d’un éclat d’obus à la tête et va se faire panser à l’ambulance. A 17 heures, le bataillon se replie à  la lisière d’un bois. Une demi-heure après, il reçoit l’ordre de se reporter en avant pour contre-attaquer l’ennemi. La 7e compagnie est orientée sur la ferme des Thomassets et s’engage contre les Allemands occupant fortement la lisière d’un bois. Sur le même endroit sont orientés des éléments du 1er bataillon et du 24e Régiment.

L'encadrement de la 7e compagnie, août 1914
Extrait du JMO du 28e RI en août 1914 (JMO)
Le capitaine Florentin commandant le 2e bataillon,
les deux lieutenants Cotinaud et Schiffer sont les deux seuls officiers de la 7e compagnie.


Il se produit alors un mélange des unités, l’attaque dépasse la ferme, progresse vers le bois mais s’arrête bientôt sous la violence du feu de l’ennemi. La ferme des Thomassets n’est bientôt plus suffisante pour abriter la grande quantité des blessés. Plusieurs officiers du 24e sont frappés, le commandant Denvigne est lui-même grièvement blessé. L’attaque s’arrête et nos tirailleurs ouvrent le feu sur le bois occupé par l’ennemi et sur une crête où l’on voit passer ses renforts. Le lieutenant Cotinaud reste bientôt le plus ancien officier du groupe, il reçoit du commandant Denvigne l’ordre par signe de toujours tenir. Le feu dure jusqu’à la nuit grâce aux cartouches prises sur les blessés. A la tombée de la nuit quelques petits groupes résistent encore, les autres se sont dispersés. Le ferme est menacée d’être enveloppée. Le lieutenant Cotinaud prescrit alors la retraite pour les derniers groupes engagés, ils sont poursuivis par un feu intense de l’infanterie et des mitrailleuses allemandes et doivent encore passer à travers le feu de notre propre artillerie. La ferme est envahie un instant après par les Allemands et la plus grande partie de nos blessés tombent entre leurs mains.

Albert Thierry
Albert Thierry, écrivain, enseignant, fait partie des blessés faits prisonniers.


Le ralliement du 28e se fait sur la route de Montmirail et celui-ci va cantonner à Jauvilliers sous la protection du 119e Régiment d’infanterie. La compagnie a perdu dans ce combat le lieutenant Schiffer, tué d’une balle dans la tête. Pansé sommairement à l’ambulance, il était revenu sur le champ de bataille reprendre une part active à la lutte.

La compagnie perd également 71 sous-officiers, caporaux et soldats tués ou blessés. Il ne reste plus qu’une centaine d’hommes autour du lieutenant commandant la compagnie, le reste ayant été dispersé. A signaler tout particulièrement la conduite du lieutenant Schiffer et celui du sergent-major Bonneau
(1), blessé grièvement en donnant à ses hommes de beaux exemples de bravoure et de sang froid. A citer également le caporal Lemonnier (2), gravement blessé de trois balles en entraînant les hommes de son escouade à l’attaque du bois. A rappeler également les noms du sergent Lamy, des caporaux Pernet, Chauvin et Villette.

1. Marcel Bonneau passera ensuite sous-lieutenant. Il restera au front comme officier  de l'État civil du régiment. C'est l'un des rares officiers du régiment qui restera au 28e RI pendant toute la durée de la Guerre.
La fiche de décès d'Albert Thierry (État civil du 28e RI)
Le nom de Marcel Bonneau sera associé à de nombreux de soldats tués au front...
Ici, l
a fiche de décès de l'écrivain Albert Thierry (extrait de l'État civil du 28e RI),
signée par le sous-lieutenant Bonneau.

2. Il s'agit probablement du caporal A. Lemonnier, qui recevra la Médaille militaire : "A été blessé grièvement le 4 Septembre 1914 en entraînant les hommes de son escouade à l’attaque d’une lisière de bois fortement occupée par l’ennemi. A été amputé de la cuisse gauche."
 
5 septembre Le régiment commandé par le capitaine Potin, part de Janvilliers à 2 heures du matin, passe par Esternay pour aller bivouaquer à Louans.
 
6 septembre Un ordre du Général en chef vient prescrire la reprise du mouvement en avant ; cet ordre est lu à la compagnie. Le matin, le régiment va prendre position au nord de Louans. Dans l’après-midi, le 2e Bataillon se porte sur Villouette et fait sa marche sous le feu de l’artillerie ennemie. Les Allemands se retirent et Villouette est occupé. Le 2e Bataillon commandé par le lieutenant Eudes continue sa marche jusqu’à la ferme de Champfleuri. Les 6e et 7e compagnies attaquent Monceau-les-Provins à droite du 3e bataillon, mais elles sont prises de flanc et à revers par les mitrailleuses et ne peuvent dépasser la voie ferrée de Villiers-Saint-Georges à Esternay. Les compagnies se replient sur la ferme de Champfleuri et la lisière des bois environnants ; elles y passent la nuit en avant-postes de combat, renforcées par les 5e et 8e compagnies et prolongées par des éléments du 1er Bataillon.
 
7 septembre Au lever du jour la 7e reprend le contact avec les avant-postes ennemis. Puis la 8e attaque sur la voie ferrée, mais elle est bientôt obligée de se replier à nouveau sur la ferme de Champfleuri. Le 2e Bataillon reprend sa marche en avant lorsqu’un mouvement enveloppant du 3e Bataillon combiné avec l’action de l’artillerie est réussi.
Le régiment peut alors continuer son mouvement en avant en formation d’approche jusqu’à Courgivaux.


Remerciements à Bernard Labarbe, Thierry Cornet et Jean Meurant.

En sa voir plus :
- Le JMO du 28e RI : août et septembre 1914
- le blog de Bernard Labarbe : le 57e RI et Lobbes
- le site de Vincent Juillet : le 57e RI et Lobbes
- L'ouvrage de Jean Meurant : Lobbes 23 août 1914. La bataille d'Heuleu par ses témoins, Historic'One, 2014
- Les combats de la ferme des Thomassets : plusieurs témoignages

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